Jean Michel Truong est un nom qui revient lorsqu'un dirigeant cherche une référence pour penser ses décisions plutôt que pour deviner l'avenir. Son parcours mêle la psychologie, la philosophie, la recherche et la création d'entreprise : il a fondé la première société européenne d'intelligence artificielle, vit en Chine depuis 1991 et conseille des entreprises de haute technologie. Il est également l'auteur d'essais et de romans, dont Le Successeur de pierre, distingué par le Grand Prix de l'Imaginaire en 2000. Ce qui intéresse ici n'est pas l'anecdote biographique, mais la méthode de travail que ce trajet suggère à une petite structure.
Les repères à garder en tête sur son profil :
- Naissance en 1950, en Alsace.
- Formation en psychologie et en philosophie, puis carrière d'enseignant et de chercheur.
- Fondation de la première société européenne d'intelligence artificielle.
- Installation en Chine en 1991 et conseil auprès d'entreprises de haute technologie.
- Essais et romans, dont Le Successeur de pierre, Grand Prix de l'Imaginaire 2000.
Un usage concret : choisir le marché sur lequel pousser cette année
Prenons une situation banale. Une structure de six personnes a deux pistes devant elle : consolider la clientèle actuelle, ou ouvrir un segment qui demande un discours commercial différent. Le dirigeant dispose de trois mois de visibilité de trésorerie, d'un carnet de commandes correct et d'une équipe qui ne peut pas mener les deux fronts en même temps. La décision doit tomber avant la fin du trimestre.
Rien, dans ce cas, ne se règle avec une prévision à trois ans. Tout se joue sur la lecture du terrain, sur ce que l'on accepte de ne pas faire et sur la vitesse à laquelle une erreur pourra être constatée. C'est là que le parcours de Jean Michel Truong devient concret : aucune recette, une discipline d'observation et une reformulation patiente du problème avant l'engagement.
Ce que la double compétence change dans la lecture d'un marché
Un itinéraire qui passe par la psychologie, la philosophie, la recherche puis la création d'une société technologique laisse une habitude : avant de discuter des solutions, il faut s'accorder sur ce que l'on regarde.
Un dirigeant qui applique cette exigence ne demande plus si le nouveau segment est rentable. Il demande ce qui, dans son observation, prouve que ce segment existe pour lui. Une demande formulée par trois prospects distincts, un devis signé, un client venu de lui-même : voilà des faits. Le reste demeure une hypothèse, et une hypothèse se traite comme telle.
Le recul lié à une activité menée loin de son marché d'origine ajoute un second réflexe : se méfier des évidences du secteur. Les habitudes d'un métier paraissent naturelles à ceux qui n'en sont jamais sortis. Comparer avec un environnement très différent oblige à nommer ce que l'on croyait aller de soi.
Comment passer d'une intuition à un test mesurable
L'intuition n'est pas l'ennemie de la décision, elle en est le point de départ. Encore faut-il la rendre vérifiable avant d'engager toute la structure.
- Nommer la croyance : écrire en une phrase ce que l'on pense vrai sur le marché visé, avec un comportement ou un chiffre observable à la clé.
- Fixer le seuil : décider à l'avance ce qui, dans les résultats, validera ou invalidera cette croyance. Un seuil posé après coup ne vaut rien.
- Limiter la mise : engager un budget et un temps compatibles avec une erreur, pas avec une reconstruction.
- Dater la revue : choisir le jour où l'on regardera les faits, même si l'activité tourne bien.
Ces quatre gestes tiennent sur une page. Leur intérêt n'est pas administratif : ils empêchent une intuition de se transformer en engagement irréversible par simple usure du temps.
Les angles morts qui reviennent quand on décide seul
Certains points échappent presque toujours à celui qui raisonne seul sur son propre marché.
SituationCe qui échappe au dirigeant seulCe qui débloque Deux pistes concurrentesLe coût réel d'ouvrir les deux fronts en même tempsUn chiffrage des heures disponibles, pas des envies Un client qui pèse lourd dans le chiffre d'affairesLa dépendance qui se construit derrière la croissanceUn seuil de concentration fixé à froid Une baisse d'activité sur un trimestreLa différence entre un creux passager et un changement de marchéTrois mois de données comparées, pas une semaineAucun de ces angles morts ne relève de l'incompétence. Ils relèvent du point de vue : celui qui porte l'activité regarde forcément son problème depuis l'intérieur.
Quand l'arbitrage gagne à être travaillé à plusieurs
Il reste un angle que personne n'aperçoit seul : sa propre manière de raisonner. Un dirigeant qui reprend les mêmes questions, avec les mêmes chiffres et le même entourage, obtient mécaniquement les mêmes conclusions. Sortir de cette boucle suppose un cadre régulier, où d'autres personnes examinent le problème avec lui à partir de situations réelles.
Dans une petite structure, ce sujet se travaille souvent mieux à plusieurs : exposer son cas, entendre comment d'autres l'auraient traité, repartir avec une décision et une date.
Le bénéfice ne vient pas du volume de conseils reçus, mais du fait d'avoir formulé son problème à voix haute. Une intuition énoncée devant témoins résiste beaucoup moins longtemps à l'examen des faits.
+Que retenir de son parcours pour un dirigeant de petite structure ?
Trois éléments comptent. Une formation en psychologie et en philosophie rappelle que décider suppose d'interpréter. Une expérience de fondateur dans l'intelligence artificielle ancre la réflexion dans la technique. Et une activité de conseil menée depuis 1991 auprès d'entreprises de haute technologie oblige à comparer plutôt qu'à supposer.
+Faut-il un profil scientifique pour appliquer cette approche ?
Non. L'exigence porte sur la méthode, pas sur le diplôme : écrire ce que l'on croit vrai, fixer un seuil de vérification, limiter la mise et dater la revue. Une petite structure peut appliquer ces quatre gestes sans outil particulier et sans recruter qui que ce soit.
+Combien de temps faut-il pour trancher un arbitrage de marché ?
Tout dépend de la réversibilité de la décision. Un test commercial limité se juge en quelques semaines, alors qu'un investissement lourd demande plusieurs mois de données. Le bon repère reste la date de revue fixée à l'avance, pas le moment où l'envie de décider se fait sentir.
+Comment savoir si l'on a assez d'informations pour décider ?
Quand les faits recueillis suffisent à distinguer deux hypothèses, et non à rassurer complètement. Attendre la certitude revient souvent à laisser le marché choisir à votre place. Mieux vaut retenir une option réversible, la tester et conserver une porte de sortie.