Juridique et fiscalité

Le métier de conseil : vendre une expertise qui engage

Le métier de conseil : vendre une expertise qui engage
  • Jean Michel Truong est né en 1950 en Alsace et a étudié la psychologie et la philosophie à Strasbourg.
  • Il a cofondé Cognitech au milieu des années 1980 (1984 ou 1985 selon les sources), présentée comme la première société européenne d'intelligence artificielle, et en a dirigé la partie commerciale.
  • Installé en Chine depuis 1991, il conseille des entreprises européennes de haute technologie qui exportent ou produisent en Asie.
  • Il est aussi essayiste et romancier, auteur du Successeur de pierre et de L'IA, et après ?, paru en 2025.

Chercher Jean Michel Truong, c'est souvent tomber sur deux portraits qui semblent ne pas se parler : l'auteur de romans d'anticipation primés et l'homme d'affaires qui accompagne des groupes industriels entre l'Europe et l'Asie. Pour un lecteur qui s'intéresse au business, c'est le second qui retient l'attention, parce qu'il éclaire un métier souvent mal compris : vendre une expertise. Un consultant ne livre pas de marchandise. Il livre un avis, une méthode, parfois une recommandation sur laquelle un client va engager des sommes importantes. Ce texte suit ce fil, du parcours de Jean Michel Truong jusqu'aux questions très concrètes que se pose toute personne qui facture son jugement.

Du laboratoire strasbourgeois à Cognitech : les jalons d'un parcours

Le point de départ n'a rien d'une école de commerce. Après des études de psychologie et de philosophie à Strasbourg, il devient enseignant et chercheur, notamment au sein d'un groupe universitaire consacré à l'étude des sciences. Il travaille alors sur la cognition et sur l'éthique de l'intelligence artificielle, à une époque où le sujet intéresse surtout les laboratoires.

Le basculement vers l'entreprise intervient au milieu des années 1980. Avec Alain Bonnet et Jean-Paul Haton, il fonde Cognitech, que plusieurs biographies décrivent comme la première société européenne spécialisée en intelligence artificielle. Les sources hésitent sur la date exacte, mais s'accordent sur un point : en 1986, il en occupe la direction commerciale. Un chercheur qui prend la responsabilité des ventes, c'est un choix qui en dit long. Il faut alors expliquer à des industriels ce que la technologie peut faire, et surtout ce qu'elle ne fera pas.

Il enseigne également l'intelligence artificielle à l'École Centrale de Paris. Puis, à partir de 1991, il s'installe en Chine. Il y dirige aujourd'hui deux sociétés de conseil tournées vers les grandes entreprises européennes de haute technologie qui vendent ou fabriquent en Asie.

Vendre son jugement : la nature particulière du métier de conseil

Passer de la direction commerciale d'une jeune pousse technologique au conseil international, c'est changer de produit sans changer de compétence de fond. Dans les deux cas, on vend une capacité à lire une situation complexe et à la rendre exploitable. La différence tient à la matière : un logiciel se démontre, un avis se croit sur parole, ou presque.

Cette asymétrie structure toute la relation commerciale. Le client paie pour réduire son incertitude, et il attend de son conseil qu'il assume une part de ce qu'il recommande. Le tableau ci-dessous résume ce qui s'échange réellement dans une mission de ce type.

Ce que le client achèteCe que le conseil met en jeuUne lecture d'un marché étrangerSa réputation si la lecture se révèle fausseUn accès à des interlocuteurs locauxLa qualité de son réseau et sa discrétionUne recommandation d'implantation ou de partenariatSa responsabilité si le client subit un préjudice lié à ce conseilDu temps de dirigeant économiséSa propre disponibilité, une ressource qui ne s'étend pas

La troisième ligne est celle que les indépendants sous-estiment le plus. Tant que tout se passe bien, elle reste théorique. Le jour où un partenaire recommandé fait défaut, ou qu'une étude de marché oriente mal un investissement, elle devient la seule qui compte.

Le jour où un donneur d'ordre réclame des justificatifs avant la signature

Imaginons un cabinet de trois personnes, bâti sur le modèle que Jean Michel Truong a pratiqué : accompagner une entreprise européenne qui veut produire en Asie. Le prospect est un groupe industriel. La proposition a plu, le prix est accepté, et pourtant le contrat reste en attente. Le service achats envoie une liste de documents à fournir : extrait d'immatriculation, attestations de régularité sociale et fiscale, et une pièce qui prouve que le prestataire pourra indemniser un éventuel dommage causé par ses recommandations.

Pour un grand compte, ce n'est pas de la méfiance. C'est la traduction contractuelle du tableau précédent : le client veut savoir qui paiera si le conseil coûte cher. Beaucoup de petites structures découvrent ce besoin à ce moment précis, sous pression, avec une date de signature qui approche. Le dirigeant qui a anticipé la question transforme au contraire cette étape en argument, car il montre qu'il a mesuré la portée de ce qu'il vend. Avant ce type de rendez-vous, comparer les formules de responsabilité civile professionnelle pensées pour les métiers du conseil, par exemple sur http://assurance-pro-entreprise.com, permet d'arriver avec une attestation dont les plafonds correspondent à la taille du marché visé.

Le point de vigilance reste la cohérence entre le contrat et ce que l'on peut réellement assumer. Une limite de responsabilité très inférieure au montant du projet conseillé, une clause illimitée acceptée sans relecture, une mission à l'étranger qui sort du périmètre déclaré : ce sont ces détails que les acheteurs repèrent, et qu'un juriste aide à régler au cas par cas.

Ce que ses essais disent du lien entre technique et décision

Les livres de Jean Michel Truong ne sont pas des manuels de gestion, et il serait artificiel de les lire comme tels. Ils offrent pourtant un éclairage utile à qui dirige. Le Successeur de pierre, roman paru chez Denoël en 1999 puis repris en poche, a reçu le Grand prix de l'Imaginaire (en 2000 ou en 2001, les sources divergent). Totalement inhumaine, essai publié au Seuil en 2001, prolonge la réflexion sur l'intelligence artificielle. En 2025, L'IA, et après ? revient sur le sujet chez Delachaux et Niestlé, avec un sous-titre qui annonce trois pistes : imiter la raison, former un cerveau, laisser germer la vie.

Pour un dirigeant, l'intérêt tient moins aux thèses elles-mêmes qu'à la posture. Voilà quelqu'un qui a construit des systèmes, les a vendus, puis a pris le temps d'interroger leurs conséquences. Cette double position, praticien et observateur critique, est précisément celle qu'on attend d'un bon consultant : connaître l'outil assez bien pour en dire les limites.

Trois habitudes à transposer dans une activité de services

Sans prétendre résumer une carrière, quelques principes se dégagent de ce parcours et s'appliquent à toute entreprise qui vend de l'expertise.

  • Expliquer les limites avant les promesses. Un directeur commercial qui vendait de l'IA dans les années 1980 n'avait guère le choix : surestimer la technologie revenait à perdre le client dès le premier projet. La règle vaut pour n'importe quelle prestation intellectuelle.
  • Formaliser ce que l'on engage. Une lettre de mission précise, un périmètre écrit, des responsabilités bornées : plus le conseil est stratégique, plus ces documents protègent les deux parties.
  • Garder un pied dans la réflexion. Écrire, enseigner ou simplement prendre du recul à intervalles réguliers nourrit la qualité de l'avis que l'on facture. C'est aussi ce qui distingue un conseil d'un simple exécutant.

Aucune de ces habitudes ne demande de moyens particuliers. Elles demandent surtout de considérer que le jugement est un actif, et qu'un actif se protège.

+Quelle formation Jean Michel Truong a-t-il suivie ?

Il a étudié la psychologie et la philosophie dans les universités strasbourgeoises, puis a exercé comme enseignant et chercheur avant de rejoindre le monde de l'entreprise.

+En quelle année Cognitech a-t-elle vu le jour ?

Les biographies ne concordent pas : certaines mentionnent 1984, d'autres 1985. Il est en revanche établi qu'il en assurait la direction commerciale en 1986.

+Quelles entreprises accompagne-t-il dans son activité de conseil ?

Ses deux sociétés de conseil travaillent pour de grands groupes européens de haute technologie qui exportent vers l'Asie ou y produisent. Il réside en Chine depuis 1991.

+Faut-il être spécialiste pour lire L'IA, et après ?

Il s'agit d'un essai paru en 2025, construit autour de trois approches de l'intelligence artificielle annoncées dans son sous-titre. Pour juger du niveau attendu, le plus sûr est de parcourir la présentation de l'éditeur ou les premières pages.

Benjamin Denis

Benjamin Denis

Benjamin Denis est journaliste, spécialisé depuis plus de dix ans dans les thématiques de la création d’entreprise, de la stratégie et du développement, ainsi que de la gestion et des finances. Il a couvert de nombreux dossiers liés aux levées de fonds, aux plans de restructuration et aux parcours de dirigeants de PME. Son travail s’appuie sur une observation régulière des mutations économiques et des pratiques entrepreneuriales.

Voir tous les articles →